Le cri du cinéphile le soir au dessus du Web...

vendredi, mai 22, 2009

Vive le cinéma "chiant" !!!


Oui, oui, vive les plans-séquence qui n'en finissent plus sur un mec qui marche dans la forêt ! Vive les plans fixes de 10 mn sur un mur fissuré ou une flaque d'eau ! Vive la boue, le ciel gris, les acteurs moches, les scènes de cul non simulées ! Vive les vo en russe, en hongrois, en portugais, en chinois, en danois..., aaaaaah... (là, le cinéphile est devenu fou, on l'a retrouvé qui essayait de s'auto-immoler devant une salle de cinéma qui passait le dernier Ron Howard...)

Yes We Cannes...


Comme par hasard, depuis que la White House est à Black Baraque, on a l'impression que le Festival De Cannes est moins "politique", moins marqué par l'envie de parler du monde et de ses horreurs... C'est peut-être ça, le premier festival "post-Bush", le retour du cinéma d'auteur à l'européenne, à l'ancienne, héritier de celui des 70s (Antonioni-Herzog-Tarkovski-Bergman...) plus tourné vers l'imaginaire, le "mental", la composition esthétique, plus que la "dénonce" (même si l'un n'empêche pas l'autre, évidemment!)... Von Trier et Haneke, déjà, rien qu'eux ! Voilà des noms qui me sont chers et quand je vois certaines images de Antichrist ou du Ruban Blanc, je piaffe d'impatience d'en découvrir plus... (Von Trier se fait démolir, mais ça ne me dissuade pas, bien au contraire !)

mardi, mai 12, 2009

Politically correct subs...



Ah, politiquement correct, comme je t'aime... Dans les sous-titres du Blu Ray (superbe, par ailleurs) du chef-d'oeuvre de Martin Scorsese, Raging Bull... "Moulan yan" traduit par "Tête de noeud"... Ben voyons...
(remarquez, dans les sous-titres anglais, c'est encore mieux, on l'a carrément zappé !)

http://www.urbandictionary.com/define.php?term=Moulan%20Yan

mercredi, août 20, 2008

LifeBoat - Hitchcock ...et Tallulah !


Essentiel. Parce que l'influence de "Hitch" sur 98% du cinéma de divertissement (de qualité, mais aussi des déchets, hélas) pour le meilleur comme pour le pire ne se dément jamais...
Revoyez Lifeboat, ce film finalement assez "culte" par son dispositif toujours fascinant de "huis-clos à ciel ouvert" et vous y retrouverez des dizaines d'idées de plans, de scènes, de montage, de caractérisation, de dialogue etc. que vous avez vues et revues dans des films, des séries etc. Spielberg pour ne citer que lui, "pompe" allégrement la grammaire filmique d'Hitchcock, plan après plan (avec un talent fou, bien sûr et en y ajoutant d'autres choses, faut avouer, les compositions chromatiques de Fleming, l'émotion de Curtiz, la caméra très mobile de Walsh etc.) comme le font aussi, forcément, les "néo-Spielberguiens" comme Darabont (The Mist -un quasi-remake de The Birds, au passage...), JJ Abrams (sur la barque de Lifeboat, comme sur l'ïle de Lost, dès que l'intensité dramatique monte en puissance, les éléments se déchainent en même temps que les passions...)... Alors, on dit toujours que c'est DePalma, le plagiaire "attitré" d'Hitchcock, il est vrai que le réalisateur de Dressed To Kill et d'Obsession ne se gène pas pour se servir chez Sir Alfred, mais d'une part, DePalma s'inspire autant -sinon plus- d'Orson Welles, de Peckinpah et de Leone que D'Hitchcock et d'autre part, Spielberg "pompe" autant Hitchcock que lui, voire plus, au point d'être pour moi, bien plus digne d'être son vrai héritier spirituel...
Enchainer les (re)visions de films produit parfois des coincidences, des rapprochements assez inattendus... A peu de temps d'intervalle, j'ai vu Mizoguchi et Hitchcock suggérer tous deux l'évaporation d'une âme par le scintillement du soleil à la surface de l'eau...
Les trouvailles de montage, de mise en scène abondent dans Lifeboat... Difficile de les recenser toutes sans trop déflorer le scénario (et Hitch est sans doute le moins "spoilable" des cinéastes)... Mais, bon, tant pis pour vous, deux exemples: lors de la terrible scène de l'amputation, Hitch suggère toute l'horreur de l'opération et la perte du membre par un plan sur la chaussure posée à l'écart, dont bien sûr le malheureux personnage n'aura plus besoin. Plus tard, autre moment d'anthologie, les rescapés se laissent à leur tour gagner par la barbarie en lynchant le "barbare" nazi qui les a dupés... La scène est entièrement filmée en retrait, en cadrant le dos des personnages qui s'acharnent sur leur victime, submergée par des flots de violence, avant de réellement sombrer dans l'océan. Et lors de cette deuxième scène, la chaussure de l'amputé (mort à cause du nazi que l'on lynche, justement !) réapparait, utilisée par l'un des lyncheurs pour frapper le "monstre". Génial.
Un mot aussi sur la direction d'acteurs. Formidable. L'occasion de découvrir une actrice épatante et méconnue, Tallulah Bankhead, mélange de Bette Davis et Marlène Dietrich, caractère trempé et humour acide, charme irrésistible... Elle avait eu une carrière cinématogaphique assez pauvre (personnalité trop instable...) mais était un monstre sacré sur scène à Broadway... Rien que pour elle et son personnage de journaliste pétillante et sarcastique qui n'aime ni les Nazis, ni les cocos, (re)voyez Lifeboat... Pour vous rendre compte que tout compte fait, les films d'Hitchcock qui ont le moins mal "vieilli" ne sont pas forcément les plus récents, ni les plus connus...

samedi, août 16, 2008

Frère(s) et Soeur(s)..




Deux enfants... Un frère et une soeur... Poursuivis par un danger, un démon, un tueur, un monstre, un ogre... En quête d'un ailleurs, d'un hypothétique refuge... Schéma classique, récit fondateur, archétype... L'Intendant Sansho, La Nuit Du Chasseur (Laughton connaissait-il Mizoguchi ?), Paysage Dans le Brouillard (Angelopoulos, lui, on le sait, s'inspire du génie japonais)... 28 Weeks Later, suite réussie du film de Danny Boyle, 28 Days Later...
Quand le film de zombies revisité est traversé de références aux contes, à la mythologie... Robert Carlisle est un ogre-Saturne qui a sûrement chaussé ses bottes de sept lieues pour pouvoir rattraper (et dévorer) ses enfants aussi vite, et où qu'ils se trouvent... L'ogre d'Angelopoulos, lui, se cache dans un camion, sur une autoroute d'apocalypse... Quant au dernier plan légendaire de l'Intendant Sansho, c'est Eastwood (Flags Of Our Fathers/ Letters from Iwo Jima) et Malick (The Thin Red Line), deux nouveaux Homères qui ont chanté l'Iliade des archipels du Pacifique qui s'en souviennent... Malick, chez qui les "frères et soeurs" ne le sont pas vraiment (Days of Heaven), chez qui les amants en fuite (Badlands - là, c'est le jeune "héros", le démon-tueur, déjà contaminé par "some meanness in this world" chantée par Springsteen dans Nebraska...) ressemblent à un frère et une soeur...
Revoir l'Intendant Sansho... Ca m'a un peu mis la tête à l'envers... D'où la divagation qui précède... J'ai encore devant moi, quand je ferme les yeux, l'éclat du soleil qui miroite à la surface de l'eau, à l'arrière-plan, quand Zushio revient à l'endroit où sa soeur s'est noyée...

dimanche, juillet 27, 2008

Adieu Youssef


Oui, je sais, pas très original le titre (référence à Adieu Bonaparte... mouais), mais aujourd'hui, un grand cinéaste nous a quitté. Je précise tout de suite que je ne connais pas très bien son cinéma, et même que les quelques films que j'ai vus de lui ne m'ont pas nécessairement tous passioné. Mais, cela dit, je pense que tout cinéphile qui se respecte doit avoir une pensée pour un monsieur comme Youssef Chahine le jour de sa disparition. De la disparition d'un autre des derniers grands maîtres du cinéma mondial. C'est une année assez noire -Bergman, Antonioni, Risi...- et maintenant, le plus grand réalisateur egyptien (voire de tout le monde arabe) tire sa révérence. Penser à Chahine, c'est aussi se rappeler qu'à une époque où les films dits "engagés" s'apparentent souvent à de simples tracts manichéens sans ambition esthétique, on a pu et on peut aussi inscrire un discours dénonciateur dans une forme libre, parfois brouillonne, mais réjouissante par les prises de risque visuelles, sonores, et une créativité bouillonnante, qui rejette la lourdeur didactique (Le "documentaire d'animation" Valse avec Bachir, m'évoque ce genre de démarche) (chez Chahine, ce sont les trouvailles, les effets de mise en scène, qui peuvent être hélas "lourds" mais pour moi, c'est moins grave). Penser à Chahine, c'est aussi se rappeler de Gare Centrale (1958), se souvenir, en ce qui me concerne, que c'est l'un des films qui m'ont fait prendre conscience de l'"internationalité" du 7eme art. Quand on à 14-15 ans, qu'on est déjà un "cinéphage", on voit pour la première fois un film qui n'est ni américain, ni français, on pense avec délectation (et un peu de vertige aussi) à tout ce qui nous reste à découvrir dans les cinématographies du monde entier (à l'époque, je voyais aussi mes premiers films italiens, japonais, polonais, russes etc...) Tiens, je rappelle au passage que si j'ai vu Gare Centrale, c'est à la télévision française, un jeudi soir... à 20h50 ! Oui, je sais, c'était en 1984, je crois... Une autre époque, n'est-ce pas ?

dimanche, juin 29, 2008

Diary Of The Dead: Romero is back !



Voir le dernier film de George ROMERO, c'est d'abord se dire qu'on a bien fait de surmonter la petite hésitation préliminaire causée par l'impression de semi-échec que certains avaient gardé du n°4 de sa saga horrifico-politique des zombies (Land Of The Dead, un peu "lourd"). C'est être aussi soulagé de constater que George Romero peut aussi aller plus loin et en même temps être plus subtil que ses imitateurs, sans doute respectueux (on dira plutôt, ses "disciples", donc) et plutôt doués, mais tellement pachydermiques dans leurs visées de dénonciation de la société via le gore movie (le dyptique des 28 days/Weeks later, par exemple, efficace mais pas léger léger). Non, ici, on retrouve le style des 3 premiers épisodes, cet humour noir très distancié, ce côté western désespéré (très, on a la conclusion la plus noire de toute la saga), une certaine ambiguité réjouissante qui évite le piège du manichéisme et prend souvent le spectateur par surprise, car la tendance anarchiste du cinéaste ne s'exerce pas toujours là où on l'attend. Mais on trouve aussi des scènes de pure trouille, un peu une nouveauté pour Romero puisqu'il ne jouait pas trop sur ce terrain d'habitude, ainsi que des clins d'oeil à son propre cinéma et à toute la culture fantastique-horreur, à la mythologie, aux contes et légendes... A savourer, également, des scènes choc, des moments de pur talent visuel (sublime dernier plan) distillés par un vieux maître en état de grâce qui n'a plus rien à prouver à personne et qui sait doser ses effets sans esbrouffe, sans emphase... On pourrait épiloguer à l'infini sur la portée politique de l'oeuvre, L'aberration, les Incrottuptibles, L'immonde ou l'écailler du cinéma ne s'en priveront pas, donc, inutile ici d'en rajouter (gna-gna-gna Irak, gna-gna-gna Bush, gna-gna-gna 9/11, gna-gna-gna Katrina etc...) mais sur le plan du questionnement de l'image, des nouveaux média, de la génération "youtube" etc., on ne peut bien sûr pas s'empêcher de comparer - la forme de l'oeuvre, "mockumentary" oblige - avec Redacted, le petit tract médiocre de cet irresponsable de DePalma, et constater que c'est Romero qui gagne, haut la main, par la lucidite de sa réflexion et son scepticisme qui force le respect face à la multiplicité des points de vue et donc des soi-disantes "vérités" sur Internet, certainement pas plus préservées de mise en scène, de mensonges et d'intox que les discours "officiels" (l'inverse de la fascination béate du réalisateur de Carrie pour l'information soi-disant "libre" des "youtubers"...)... Il y aurait encore tant de choses à dire et de belles choses à louer dans ce "petit" film si riche, si "plein" en à peine 95 mn (la bibliothèque qui cache la "panic room", les références à l'histoire des USA, le personnage du vieux professeur, la direction d'acteurs, meilleure qu'à l'accoutumée et sans les stars cabotinantes du n°4, le beau plan à la Terrence Fisher (ou Mario Bava?) sur le visage de Debbie avant le terrible moment du "shoot me" -double sens sur "shoot", bien sûr! etc.etc.) Ah, et le côté "numérique"? Il s'impose, évidemment, par le choix de présenter un pseudo-documentaire, mais Romero transcende l'utilisation de cette technologie par un travail poussé sur les couleurs, la lumière et les cadrages, avec tellement plus d'ingéniosité, d'invention que dans Blair Witch Project ou Cloverfield (deux bons films, par ailleurs, mais pas mis en scène par un Romero, cela va sans dire !)

lundi, juin 09, 2008

Two-Lane-Blacktop de Monte Hellman (1971)


"Bresson on wheels" dit en substance Richard Linklater lorsqu'il évoque ce classique du cinéma US des seventies (le fameux "Nouvel Hollywood" des Malick, Schatzberg, Hooper, Scorsese etc.) Vu le jeu un peu "minéral" des jeunes interprètes principaux (James Taylor et Dennis Wilson), on comprend un peu pourquoi. Trève de plaisanterie, c'est vraiment un film phénoménal, même si l'on n'est guère féru de mécanique (et les dialogues, à 80% constitués de données techniques et d'exposition des mérites respectifs de telle ou telle caisse n'en sont que plus abstraits, plus poétiques...). Un film essentiel, séminal, qui va même influencer des cinéastes français (pensez un peu aux Valseuses de Blier... Hein? Eh oui, vous voyez bien. Et JF Stévenin, Bruno Dumont etc.) Un de ces films qui vous font dire "mais qu'est-ce qu'ils avaient en tête à Hollywood à cette époque là pour leur laisser faire des ovnis pareils?" Refus du spectaculaire. Refus du lyrisme. Découpage abrupt. Dialogues elliptiques. C'est, bien sûr, extrêmement "Kerouacien" et Gus Van Sant -pour ne citer que lui (v. plus haut) va allègrement piller tout ça. Pour re-citer Linklater, oui, c'est le "road movie" parfait, le plus "pur"... Et les 10 dernières minutes sont hallucinantes. Elles me font penser, dans le genre fin de film inouïe, aux dernières minutes de Profession Reporter. Pas moins.